23 septembre 2026 · 6 min de lecture
« Git horodate déjà notre code » : c'est l'objection que nous entendons le plus souvent des équipes techniques lorsqu'une direction juridique souhaite sécuriser la preuve de ses développements logiciels. Et elle est parfaitement fondée sur le plan technique : Git enregistre bien une date pour chaque version du code.
Mais il faut distinguer la réalité technique de la réalité juridique. Git a été conçu pour faire collaborer des développeurs, pas pour un cas d'usage de datation PI. Reprenons les choses dans l'ordre.
Chaque version du code (chaque « commit ») porte deux dates : celle de l'auteur et celle de l'intégrateur. Toutes deux proviennent de l'horloge locale de la machine du développeur, et toutes deux se modifient librement.
Admettons qu'un développeur souhaite faire apparaître aujourd'hui un commit daté d'il y a dix ans. Une seule ligne suffit :
GIT_COMMITTER_DATE="2015-03-12T10:00:00" \
git commit --date="2015-03-12T10:00:00" -m "Version 1.0"Une fois publié, ce commit apparaîtra daté du 12 mars 2015 dans tout l'historique, y compris sur GitHub.
Réécrire l'historique n'est pas un détournement de Git. Les commandes qui le permettent (amend, rebase, force push) font partie du quotidien des développeurs et sont prévues par l'outil.
On nous oppose parfois la signature cryptographique des commits. Elle atteste l'identité du signataire, pas la véracité de la date qu'il a déclarée. Un commit signé et antidaté reste un commit antidaté.
GitHub, GitLab ou Bitbucket enregistrent effectivement la date à laquelle le code leur a été transmis. Distinguons deux situations.
Soyons clairs : en droit français, la preuve d'un fait juridique est libre (article 1358 du Code civil). La création d'un logiciel est un fait. Un historique Git, des journaux serveur ou un e-mail sont donc parfaitement recevables pour tenter d'établir une date de création.
La question n'est pas de savoir si le juge acceptera de regarder votre historique Git, mais quel poids il lui accordera. Cette force probante relève de son appréciation souveraine.
En droit d'auteur, le logiciel est protégé dès sa création, sans formalité. C'est un avantage, mais il a un revers : en cas de litige, c'est à vous de prouver ce que vous avez créé, et quand. Un contrefacteur de mauvaise foi n'aura qu'à rappeler que la date d'un commit se modifie en une commande pour semer le doute. Vous aurez peut-être raison sur le fond, mais vous entrerez dans un débat d'expertise que vous n'avez pas choisi, avec une preuve dont la valeur dépendra de la conviction du juge.
Le cas du dépôt public est différent : un projet open source visible depuis des années, avec ses contributeurs, ses forks et ses discussions, forme un faisceau d'indices difficile à contester. Mais le code qui a de la valeur pour votre entreprise est, par définition, celui que vous ne publiez pas.
L'ancrage blockchain consiste à calculer l'empreinte numérique de chaque version du code et à l'inscrire dans une blockchain publique. La date obtenue ne dépend ni de vous, ni de votre hébergeur, ni de votre prestataire. L'intégrité et l'antériorité sont vérifiables par tous.
Le 20 mars 2025, le Tribunal judiciaire de Marseille a prononcé la première condamnation pour contrefaçon sur la base d'une preuve BlockchainyourIP.
Git est un excellent outil de collaboration pour les développeurs. BlockchainyourIP fonctionne comme une surcouche à Git : chaque version de votre code est ancrée automatiquement, avec une date que personne ne peut modifier, dans un outil pensé pour les juristes. Vos développeurs continuent de travailler comme avant, mais leur développement est protégé automatiquement au fil de l'eau, et vous êtes en mesure de réagir en cas de détournement de votre propriété intellectuelle.